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Cartouches de protoxyde d'azote sur la voirie : un fléau pour les collectivités et un danger pour les déchetteries

Cartouches de protoxyde d'azote sur la voirie : un fléau pour les collectivités et un danger pour les déchetteries

Depuis plusieurs années, les collectivités françaises font face à un phénomène préoccupant : la multiplication des cartouches de protoxyde d'azote (N₂O) abandonnées sur la voirie, dans les parcs publics et aux abords des établissements scolaires. Ces petits cylindres métalliques, popularisés sous le nom de "gaz hilarant", posent un double problème : une pollution visible du domaine public et, surtout, un risque sérieux pour la sécurité des agents de collecte et des déchetteries.

Le protoxyde d'azote : de quoi parle-t-on exactement ?

Le protoxyde d'azote est un gaz incolore initialement destiné à des usages légitimes : agent propulseur dans les siphons à chantilly en restauration, anesthésique en milieu médical, ou comburant dans certaines applications industrielles. Les cartouches que l'on retrouve sur la voirie sont généralement des modèles de 8 grammes utilisés en cuisine, mais on observe également des bonbonnes de format professionnel (580 g, 615 g, voire plusieurs kilogrammes).

Détournées de leur usage initial, ces cartouches sont inhalées pour leurs effets psychoactifs de courte durée. La consommation récréative s'est banalisée chez les jeunes adultes, notamment en milieu festif et urbain. Résultat : des milliers de cartouches vides jonchent les espaces publics chaque semaine dans les grandes agglomérations françaises.

Pourquoi ces cartouches représentent-elles un danger ?

Un corps creux sous pression résiduelle

Même après utilisation, une cartouche de N₂O n'est jamais totalement vide. Une pression résiduelle persiste à l'intérieur du cylindre métallique. Si cette cartouche est compactée, broyée ou exposée à une source de chaleur sans dénaturation préalable, elle peut exploser.

Ce risque concerne directement :

  • Les agents de collecte qui ramassent ces cartouches à la main ou avec des engins mécaniques
  • Les centres de tri qui reçoivent ces déchets mélangés à d'autres flux
  • Les déchetteries où les usagers déposent parfois ces cartouches dans les bennes métalliques sans précaution

Une classification en déchet dangereux

Selon le Code de l'environnement, les cartouches de gaz sous pression sont classées comme déchets dangereux. Elles ne peuvent pas être traitées dans les filières de recyclage des métaux classiques sans traitement préalable. Leur présence dans une benne à ferraille standard peut provoquer un accident lors du compactage ou de la fusion.

Une explosion dans un centre de tri ou une déchetterie peut entraîner des blessures graves pour le personnel, des dégâts matériels importants et l'arrêt temporaire de l'installation.

Le protoxyde d'azote résiduel : un polluant puissant

Au-delà du risque mécanique, le N₂O est un gaz à effet de serre dont le pouvoir de réchauffement global est 265 fois supérieur à celui du CO₂ sur 100 ans. Chaque cartouche mal éliminée libère ce gaz dans l'atmosphère au lieu de le neutraliser.

Les limites des solutions actuelles

Ramassage manuel : chronophage et risqué

De nombreuses collectivités organisent des opérations de ramassage spécifiques, parfois avec l'aide d'associations ou de bénévoles. Si cette démarche permet de nettoyer ponctuellement l'espace public, elle ne résout pas la question du traitement : que faire des centaines de cartouches collectées ?

Les agents sont exposés à un risque de coupure (cartouches parfois éventrées) et à une manipulation d'objets sous pression sans formation adaptée. Le conditionnement dans des sacs poubelles classiques ne respecte pas les normes de sécurité pour le transport de matières dangereuses.

Refus en déchetterie : un problème déplacé

Faute de filière clairement identifiée, certaines déchetteries refusent les cartouches de N₂O ou les acceptent sans protocole de traitement adapté. Les usagers, mal informés, les jettent alors dans les ordures ménagères ou les abandonnent… sur la voirie, perpétuant le cycle.

Les broyeurs et compacteurs : une fausse bonne idée

Certains gestionnaires ont tenté de broyer les cartouches pour les aplatir avant recyclage. Cette pratique est dangereuse et strictement déconseillée. Seule une dénaturation contrôlée dans un centre ICPE agréé garantit la sécurité du personnel et l'élimination du gaz résiduel.

Le cadre réglementaire applicable

Responsabilité du producteur

La réglementation française impose que le détenteur d'un déchet dangereux s'assure de son élimination dans une installation autorisée. Pour une collectivité qui ramasse des cartouches de N₂O, cela signifie :

  1. Conditionnement sécurisé dans des contenants adaptés (fournis par le prestataire agréé)
  2. Transport conforme à la réglementation ADR (transport de marchandises dangereuses)
  3. Traitement dans un centre classé ICPE avec dénaturation sous pression contrôlée
  4. Traçabilité via un bordereau de suivi des déchets (BSD) sur la plateforme Trackdéchets

L'arrêté du 30 décembre 2020

Ce texte interdit la vente de protoxyde d'azote aux mineurs et encadre sa commercialisation. S'il vise à limiter l'accès au produit, il ne résout pas la gestion des stocks déjà en circulation ni celle des cartouches abandonnées.

La solution : une filière dédiée de dénaturation

Qu'est-ce que la dénaturation ?

La dénaturation est un procédé technique qui consiste à percer la cartouche de manière contrôlée pour libérer le gaz résiduel dans un système de captage et de neutralisation. Une fois le gaz éliminé et la pression relâchée, le cylindre métallique peut être recyclé sans danger dans la filière ferraille.

Ce processus nécessite :

  • Un équipement spécifique capable de percer sous pression en toute sécurité
  • Un système de traitement du N₂O résiduel (catalyse thermique ou autre procédé breveté)
  • Une installation classée ICPE avec autorisation préfectorale
  • Un personnel formé et certifié

Le taux d'élimination du N₂O : un critère essentiel

Tous les centres de dénaturation ne se valent pas. Certains se contentent de libérer le gaz résiduel dans l'atmosphère après perçage, sans traitement. D'autres, comme les installations équipées de technologies de captage et de destruction du N₂O, atteignent un taux d'élimination de 99,9 %, conformément aux Meilleures Techniques Disponibles (MTD) prévues par la directive européenne IED.

De la collecte au recyclage : un circuit complet

Une filière efficace doit couvrir l'ensemble de la chaîne :

  1. Conditionnement — Mise à disposition de contenants sécurisés pour les collectivités (fûts, big bags rigides)
  2. Collecte — Enlèvement par un transporteur certifié ADR sur l'ensemble du territoire
  3. Dénaturation — Traitement en centre ICPE avec élimination du gaz résiduel
  4. Recyclage matière — Valorisation de l'acier (100 % recyclable)
  5. Traçabilité — Émission d'un BSD et mise à disposition sur Trackdéchets

Recommandations pour les collectivités

Former les agents de terrain

Les équipes de propreté urbaine doivent être sensibilisées aux risques liés aux cartouches de N₂O et formées aux bonnes pratiques de ramassage : gants renforcés, conditionnement dans des contenants rigides, pas de compactage manuel ou mécanique.

Identifier un prestataire agréé

Les collectivités doivent contractualiser avec un prestataire disposant d'une autorisation ICPE pour le traitement des déchets sous pression et capable de justifier d'un taux d'élimination du N₂O supérieur à 99 %. La vérification de ces agréments est essentielle pour assurer la conformité réglementaire et la sécurité.

Communiquer auprès du public

Des campagnes d'information en déchetterie et sur le territoire permettent de sensibiliser les usagers au bon geste de tri. Les cartouches de N₂O doivent être apportées dans des points de collecte dédiés, jamais jetées dans les bennes métalliques ou les ordures ménagères.

Mettre en place des points de collecte sécurisés

Certaines agglomérations expérimentent des bornes de collecte spécifiques pour les petits déchets dangereux, dont les cartouches de gaz. Cette solution facilite le geste de tri et limite les abandons sauvages.

Un enjeu de santé publique et de responsabilité environnementale

Le phénomène des cartouches de protoxyde d'azote sur la voirie ne se résume pas à une question de propreté urbaine. Il soulève des enjeux de sécurité pour les agents publics, de conformité réglementaire pour les collectivités et de responsabilité environnementale face à un gaz dont l'impact climatique est majeur.

Face à ce fléau, la réponse ne peut être que collective : renforcement de la prévention, structuration d'une filière de traitement sécurisée et professionnelle, et vigilance accrue dans les déchetteries et centres de tri.


Denat Environnement accompagne les collectivités et les gestionnaires de déchetteries dans le traitement des cartouches de protoxyde d'azote sur l'ensemble du territoire français. Grâce à une solution brevetée d'élimination du N₂O résiduel à 99,9 % et à un processus de dénaturation conforme aux exigences ICPE, l'entreprise garantit une prise en charge sécurisée et traçable, de la collecte jusqu'au recyclage complet des matériaux.

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